On vient de survivre au corona.. Flo ma muse se remet tranquillou.. Je l'ai oublié pendant la période ou j'ai quitté mon atelier de la rocaille .. 31 ans dans ce lieu , et un jour arrive ou tout doit s'arrêter pour mieux rebondir..
Adieu atelier de la rocaille.

Je suis maintenant ici à Thoiry charmant village du Pays de Gex à 2 pas de Genève.


L'agenda de mes expos à venir en 2022 c'est ici :


 Expo personnelle  à Cluses Espace Les Allos en mars 2022

Salon régional de l'aquarelle à Saint Egrèves Chateau Borel du 12 au 22 mai

Expo Artistes de l'été à atelier galerie MO  Annecy  Hte Savoie du 10 au 30 juin

"Art sur le fil" Alencon du 23 au 26 juin

 "Ricochets" Traces et mouvement espace d'art contemporain à Goviller Lorraine du 19 juin au 2 octobre

Expo  espace 451 Centre des arts de Fabrezan.  Aude du 7 au 30 juillet

Expo annuelle de la SFA   "Ponts et déchirures" Société française de l'aquarelle en Avignon  du  jeudi 8 au dimanche 25 septembre

 Expo "figuration critique" Paris  Bastille design center du 12 au 16 octobre.




Flo au temps du Corona virus 2020



La rate en Anglais  se dit «Speen», se faire de la bile noire en devient donc « mélancolie »  de Mélanos >Noire  et Kholia > bile noire…

 La mélancolie, cet état d’âme serait donc mère de tous les arts. 

L’atelier que je viens de quitter pour rentrer à la maison avant que la nuit tombe  se remplit chaque jour d’un peu plus de tristesse. 

Je me suis surpris lui disant « bonjour » en poussant la porte… C’est dire à quel point je réalise son importance actuelle, quand chaque jour qui passe me rapproche de sa séparation…

Mes aquarelles de ce mois de novembre sont empreintes de mélancolie. 

Ces visages ou deux humeurs physiologiques sont présentes avec la nuance d’une bile jaune, pas ce jaune primaire sans âme, mais un jaune « gomme-gutte » comme si une goutte de sang s’était glissée dedans, et le gris de Paynes qui n’est pas sans rappeler le ciel si inquiétant quand il pèse de tout son poids sur nos épaules. 

 Tous les ingrédients sont là pour évoquer cette putain de mélancolie…

 Alain Gegout 

 Extrait du carnet de voyage « coconfinement saison deux »
 

 





Je croise des œuvres de l'artiste depuis longtemps. Faux, le verbe croiser n'est guère approprié car il faut dire que je m'arrête à chaque fois, je fais halte, je regarde, je prends le pouls de la chose, le mien, il me semble que ça colle. Le type, cet artiste peintre français né en 1951, cet alpiniste skieur, ce cyclonaute frénétique, cet aventurier aéré et enivré à l'air des Alpes, est formidablement doué. J'ai l'impression que c'est un homme bavard, logorrhéique mais, ne l'ayant jamais rencontré, je n'en suis pas sûr. Je le sens bien comme un créateur invétéré, un irrémédiable créateur qui utilise même le temps de parole qu'il s'impartit à créer des . sonores baroques, à modeler des phrases étranges, inutiles, absurdes et passionnantes dans le silence, à semer son passage de traces, d'éclaboussures, d'empreintes et de sons. Il y a sa muse, Flo, son inspiratrice qu'il torture et sublime sans cesse. Cette monstrueuse et somptueuse protubérance virtuelle de lui-même, ce phantasme incarné et estropié est une trouvaille sublime situé à l'improbable intersection entre la pataphysique de Jarry et la quête esthétique tourmentée d'Egon Schiele.

Cette Flo polymorphe est un haut lieu de la singularité picturale, un pic investi d'affects, d'orages existentiels, de bouffonneries, c'est une glorieuse anti-héroïne, une divinité torse, une femme-tronc sans cesse pillée, un moignon somptueux, une majesté équarrie. Cette muse mutilée, cette gueule cassée et irrésistible est peut-être la métaphore la plus étourdissante de l'art d'aujourd'hui. Gegout nous apprend sans doute que dans les Alpes, en altitude, dans la confrontation avec la pente et avec le froid, dans l'affrontement à l'effort physique, on respire mieux qu'à Paris, plus profondément, plus subtilement, plus audacieusement, à l'écart, en tous les cas, de la nouvelle truanderie conceptuelle, à l'abri de l'art bradé, maquereauté à l'arnaque cérébrale, loin de l’écœurante manualisation intello-pruritaire qu'un puissant goût du lucre et du pigeonnage aiguillonne. Oh, les ignobles sépulcres barbouillés, les pesants bougnats de galerie, les entubeurs de rondelles gloutonnes et fortunées ! Gegout est un véritable oiseau par-dessus ces dégénérés et vicieux faisans d'élevage, piverts à bec de mousse, volailles embrochées de fond en comble. Attention, le sportif insatiable, le maniaque enivré, perfusé à l'effort, l'hygiéniste forcené, l'oblitéré au tampon de la santé sont quelquefois d'infréquentables engeances, des raclures de crétins qui peuvent vous piler les noix sans une once de ménagement et de lassitude. Et quand c'est fini, rebelote.


Revenons à notre bélier qui vaut tellement mieux que ces digressions intempestives. Avec sa muse difforme, polymorphe, instable, il atteint à une sorte de sincérité artistique inédite, troublante, enflée de vérités et de paradoxes en perpétuelle révolution. Mais un être, - et surtout s'il se met en tête de créer -, c'est ça, un projet architectural, une fêlure, un marc de splendeur, un champ de bataille, une liberté qui se débat, qui rue et s'ébroue, c'est l'écho répété d'un avortement et une aventure pleine d'aléas. La muse de Gegout est un voyage de l'être à elle toute seule, sa muse est une bande de Z, de corbeaux, de nymphes, sa muse est une compote existentielle. Et son égérie, c'est également un fou rire, une charcuterie métaphysique, un drame affreux, une tragédie de poche, de toile. La gravité et le risible ensemble, inséparables comme deux oiseaux en cage. Son égérie, c'est une inspiratrice qui expire et, phénix increvable, renaît de ses cendres, Flo, c'est Gegout, comme Emma était Gustave. Quel autre vrai sujet, au demeurant, pour un artiste que la femme ? Dieu merci, la femme touche à tout et élargit le spectre d'action de l'artiste. (Ho, je ne la cantonne pas au rôle d'inspiratrice, il y a des lustres que j'ai la passion de l'art féminin, de l'art selon les femmes ! Mes espaces l'attestent.). Mais l'oeuvre de Gegout est vaste et excède de loin le mystère d'un personnage. L'oeuvre exhale comme un puissant parfum la quête d'un graal dont parfois la silhouette de Flo esquisse la forme et l'élan.

Denis-Louys Colaux

Critique d’art et poète Belge