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Alain Gegout, artiste peintre

A L A I N    G E G O U T

i n v e n t i o n    d u    m u s é u m    d e    l a    f e m m e

http://www.gegout-art.odexpo.com/




Je croise des œuvres de l'artiste depuis longtemps. Faux, le verbe croiser n'est guère approprié car il faut dire que je m'arrête à chaque fois, je fais halte, je regarde, je prends le pouls de la chose, le mien, il me semble que ça colle. Le type, cet artiste peintre français né en 1951, cet alpiniste skieur, ce cyclonaute frénétique, cet aventurier aéré et enivré à l'air des Alpes, est formidablement doué. J'ai l'impression que c'est un homme bavard, logorrhéique mais, ne l'ayant jamais rencontré, je n'en suis pas sûr. Je le sens bien comme un créateur invétéré, un irrémédiable créateur qui utilise même le temps de parole qu'il s'impartit à créer des . sonores baroques, à modeler des phrases étranges, inutiles, absurdes et passionnantes dans le silence, à semer son passage de traces, d'éclaboussures, d'empreintes et de sons. Il y a sa muse, Flo, son inspiratrice qu'il torture et sublime sans cesse. Cette monstrueuse et somptueuse protubérance virtuelle de lui-même, ce phantasme incarné et estropié est une trouvaille sublime situé à l'improbable intersection entre la pataphysique de Jarry et la quête esthétique tourmentée d'Egon Schiele.

Cette Flo polymorphe est un haut lieu de la singularité picturale, un pic investi d'affects, d'orages existentiels, de bouffonneries, c'est une glorieuse anti-héroïne, une divinité torse, une femme-tronc sans cesse pillée, un moignon somptueux, une majesté équarrie. Cette muse mutilée, cette gueule cassée et irrésistible est peut-être la métaphore la plus étourdissante de l'art d'aujourd'hui. Gegout nous apprend sans doute que dans les Alpes, en altitude, dans la confrontation avec la pente et avec le froid, dans l'affrontement à l'effort physique, on respire mieux qu'à Paris, plus profondément, plus subtilement, plus audacieusement, à l'écart, en tous les cas, de la nouvelle truanderie conceptuelle, à l'abri de l'art bradé, maquereauté à l'arnaque cérébrale, loin de l’écœurante manualisation intello-pruritaire qu'un puissant goût du lucre et du pigeonnage aiguillonne. Oh, les ignobles sépulcres barbouillés, les pesants bougnats de galerie, les entubeurs de rondelles gloutonnes et fortunées ! Gegout est un véritable oiseau par-dessus ces dégénérés et vicieux faisans d'élevage, piverts à bec de mousse, volailles embrochées de fond en comble. Attention, le sportif insatiable, le maniaque enivré, perfusé à l'effort, l'hygiéniste forcené, l'oblitéré au tampon de la santé sont quelquefois d'infréquentables engeances, des raclures de crétins qui peuvent vous piler les noix sans une once de ménagement et de lassitude. Et quand c'est fini, rebelote.

Revenons à notre bélier qui vaut tellement mieux que ces digressions intempestives. Avec sa muse difforme, polymorphe, instable, il atteint à une sorte de sincérité artistique inédite, troublante, enflée de vérités et de paradoxes en perpétuelle révolution. Mais un être, - et surtout s'il se met en tête de créer -, c'est ça, un projet architectural, une fêlure, un marc de splendeur, un champ de bataille, une liberté qui se débat, qui rue et s'ébroue, c'est l'écho répété d'un avortement et une aventure pleine d'aléas. La muse de Gegout est un voyage de l'être à elle toute seule, sa muse est une bande de Z, de corbeaux, de nymphes, sa muse est une compote existentielle. Et son égérie, c'est également un fou rire, une charcuterie métaphysique, un drame affreux, une tragédie de poche, de toile. La gravité et le risible ensemble, inséparables comme deux oiseaux en cage. Son égérie, c'est une inspiratrice qui expire et, phénix increvable, renaît de ses cendres, Flo, c'est Gegout, comme Emma était Gustave. Quel autre vrai sujet, au demeurant, pour un artiste que la femme ? Dieu merci, la femme touche à tout et élargit le spectre d'action de l'artiste. (Ho, je ne la cantonne pas au rôle d'inspiratrice, il y a des lustres que j'ai la passion de l'art féminin, de l'art selon les femmes ! Mes espaces l'attestent.). Mais l'oeuvre de Gegout est vaste et excède de loin le mystère d'un personnage. L'oeuvre exhale comme un puissant parfum la quête d'un graal dont parfois la silhouette de Flo esquisse la forme et l'élan.




Denis-Louys Colaux











Flo, l’effluve
 
Beauté défigurée, Flo est la muse d’une tragédie humaine où Eros et Thanatos affluent jusqu’à sang.
 
Alain Gegout a ce génie de la dématérialisation de la forme humaine. Maître des angles, de la courbe et du rythme, il dissèque, brise et accentue avant de restructurer, revendiquant un objectif « défiguratif. » L’intention est de défigurer sans détruire, éliminer ce qui est trop esthétique sans représenter le corps dans son idéal de perfection.
A l’aide de cartes à puce, de spatules, chiffons et pinceaux, il compose à l’acrylique. Le sable, la cendre et le papier viennent chahuter la planéité pour créer un relief où les strates se succèdent. Il recouvre, maroufle jusqu’à la trace ultime. «  Mon travail c’est comme un palimpseste qui ne préserve pas les couches. Je passe autant de temps à ajouter et à enlever, en juxtaposant,  lavant, vaporisant ou grattant. »
L’élaboration d’une œuvre d’Alain Gegout peut s’échelonner sur plusieurs années. Un travail de longue haleine avec ses discontinuités et ses juxtapositions d'espaces temps effaçant tout repères. Le temps ne s’affiche pas. Il  reste absent dans la représentation du réel, l’invisible se trouvant ainsi mieux suggéré.
L’artiste compose une variation autour d’une muse intemporelle, identifiée sous le nom de Flo ; héroïne générique, énigmatique, unique et multiple à la fois. Sa réalisation fictive se mêle à la fascination subjective pour rattacher l’icône à une perception plus intime.
 
Sa nudité sans fard est parfois accompagnée d’un voile. Sous la virtuosité du drapé, on décrypte une transparence diaphane de la peau, virginale. Innocente, évanescente, Flo est baignée dans un paysage couleur sang, comme prisonnière de l’espace-temps dicté par le flux d’un cycle menstruel. L’endomètre se désagrège pour redonner vie. Eros et Thanatos… La valeur intrinsèque de la couleur rouge ne se situe-t-elle pas entre la vie la mort ? « C’est l’irréfutable tragédie humaine. Le rouge est lié à mon optimisme convulsif, la passion, l’envie de vivre face à ce désespoir. »
Sous cette dominante ardente, l’œil absorbe tout et finit par considérer la beauté déstructurée et ses malformations comme normales. La muse-créature affiche une animalité qui s’accepte. Son image comme sa dignité ne sont jamais atteintes ou dénaturées. Rendue à l’état naturel dans sa déformation anatomique, elle s’affirme sculpturale, tel un menhir de chair. Lascive, lubrique, parfois indécente, elle nous donne l’impression d’assister à un moment fortuit. Flo éveille et remue notre émoi sensuel, dévoilant un côté spontané, jouissif. Un trait androgyne se dessine parfois sous une couche de l’épiderme. Cette imbrication mi homme mi femme, expérience presque hallucinogène d’apparition et de disparition, nous projette aux confins de l’érotisme, à la rencontre d’une étrangeté plus secrète. Elle s’illustre sans complexe, sous une nouvelle incarnation. Une image subliminale apparaît : celle d’un regard qui dure le temps d’un éblouissement.

Caroline Canault.​

 
 
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